Lettre à Paris

 

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« Il était une fois
Toi et moi
N’oublie jamais ça
Toi et moi »

Le 11éme arrondissement, j’y ai vécu il y a longtemps.
J’habitais en haut de la Rue du Chemin Vert, pas loin de la bastille.
Pas loin du Père Lachaise et de la rue de la Roquette.
J’aime beaucoup ce quartier. Il est tellement vivant.
J’ai vécu de tellement beaux moments au Bataclan. C’est même là-bas que j’ai vécu mon dernier concert parisien avant mon départ à Mayotte.

Lorsque les attentats du 13 novembre sont arrivés, avec le décalage horaire il était plus d’une heure du matin chez moi quand I télé a commencé à tourner en boucle.
On a entendu clairement les explosions à la télé lors du match de foot juste avant.
Et puis après, tout s’est enchaîné.
Moi et mon mari hypnotisés devant I télé avec la clim et le ventilateur (Ici il fait 35 degré actuellement), le smartphone entre les mains à suivre ça frénétiquement sur twitter.
A 4 heures du matin, on a décidé d’aller quand même se coucher mais nous nous sommes allongés sans trouver le sommeil.
Il y avait cette douleur infinie, cette compassion immense.
Cette sidération face à l’ampleur de ce drame.
Cette peur aussi d’avoir un proche (mon frère pour moi) parmi les victimes.
Mais en même temps, il y a ce sentiment de soulagement de ce dire qu’on n’a pas à vivre ça en VRAI puisqu’on n’est pas en métropole.
Ce sentiment te fait te sentir extrêmement coupable, croyez moi.
Le lendemain, il a fallu expliquer ça à mes enfants.
Tenter d’expliquer l’inexplicable, l’incompréhensible.
Tenter de rassurer aussi parfois avec des phrases un peu bêtes quand on y repense
« Tu sais ça n’arrivera pas ici à Mayotte ».
C’est très con, je le conçois mais parfois ça permet de rassurer des enfants qui ont peur, tout simplement.
Rassurer pour pouvoir expliquer ensuite.

Je suis une personne très à fleur de peau. Hypersensible.
Pendant tout ce temps, pendant ces 15 jours je n’ai pas pleuré.
Alors que je suis du genre à pleurer devant un téléfilm qui passe à 14 heures sur M6 ou devant une pub.
Mais là, rien.

Puis hier soir, j’ai entendu Lettre à France de Michel Polnareff, cette chanson qu’il a écrit lors de son exil aux états unis.

« Il était une fois
Toi et moi
N’oublie jamais ça
toi et moi »

J’aimais beaucoup cette chanson, son air, sa mélodie. Sans vraiment en écouter les paroles.
Mais hier soir, elles ont raisonné en moi comme jamais.

« Tu es à six heures de moi
Je suis à des années de toi
C’est ça être là-bas
La différence
C’est ce silence parfois au fond de moi »

Ce silence au fond de moi.
Ce silence depuis 15 jours.

« Oui j’ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
Je pense à toi tout bas… »

Et j’ai pleuré.

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3 Comments on Lettre à Paris

  1. lequotidiendunefille
    28 novembre 2015 at 9 h 03 min (1 année ago)

    Très très beau texte ! En y repensant à cet événement, je suis vraiment très triste
    En tout cas, même si j’ai envie de pleurer, tes quelques mots m’ont fait du bien ♥

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  2. Charonbelli's
    28 novembre 2015 at 10 h 02 min (1 année ago)

    C’est très touchant ce que tu dis…
    Moi je n’ai fait que pleurer depuis ces horribles évènements… Même si je n’habite pas à Paris, on a de la famille et des amis proches là bas, des gens qui sortent très souvent et j’ai eu tellement peur qu’il leur arrive qqc…

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  3. Leona
    9 décembre 2015 at 17 h 32 min (1 année ago)

    Très beau texte.
    Merci

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